IronMan Nice - Le récit de David

Publié le par Dassault Triathlon

Voici le récit de mon 1er IronMan.


Vendredi 20 Juin – 5h15 : Le départ pour Nice.

Ce sont les sacs à dos bourrés à craquer et le sac à vélo sur l’épaule que nous arrivons gare de Lyon. La température à Paris à cette heure est agréable.

En gare de Lyon, en attendant le train, je regarde autour : des gars, comme moi, avec leur sac. Ils ont plutôt l’air affûtés. Suis-je prêt moi aussi ?

Le voyage en TGV pour Nice se passe bien. La fin est un peu longue, mais on commence à voir de magnifiques paysages le long de la côte. Des maisons, je devrais dire des villas, surplombant la mer. Magnifiques. On pourrait se prendre à rêver. J’interromps de temps en temps mon rêve pour reprendre une gorgée de boisson isotonique. Il faudrait pas oublier qu’on est venu pour faire du sport, pas pour investir dans l’immobilier !


Vendredi 20 Juin – 13h35 : Arrivée à Nice.

Ca y est, on est arrivé. A peine descendus du train, je comprends que la température n’est pas tout à fait la même qu’à Paris. Heureusement un peu de vent fait du bien et nous rafraîchit. Premier objectif : trouver l’hôtel. Cela ne sera pas trop difficile, il est à quelques mètres de la gare. Une fois la clé de chambre récupérée, je commence par remonter le vélo. Tout est OK. Ouf, c’est toujours mieux ! Puis direction La promenade des Anglais pour récupérer le dossard et faire un tour dans le village Expo. Pas encore trop de monde, le retrait se fait rapidement. Après quelques allers-retours parmi les exposants, direction la plage pour aller voir où vont se passer ces fameux 3.8km. Cela tombe bien, les organisateurs sont en train de placer les bouées. « Oups », c’est que c’est loin. La 1ère bouée est à 1km. La tension monte un peu. Pendant ce temps, les organisateurs préparent le parc à vélo.


Vendredi 20 Juin – 19h00 : La Pasta Party.

C’est un vrai show. Musique, speaker, écran géant, des rangées de tables alignées, les favoris du triathlon sur le podium, la venue de Laurent Jalabert. Tout y est. Une vidéo de l’épreuve de l’année précédente commence à nous plonger dans le bain. Les gens applaudissent. On y est. C’est pour bientôt.


Samedi 21 Juin – 9h30 : Petite reconnaissance en mer.

Il fallait bien le faire. Une petite vingtaine de minutes dans l’eau pour prendre un peu ses repères. Nager en combinaison dans de l’eau salée, cela change de la piscine en maillot de bain. Tout va bien ! Evidemment, demain, cela sera peut-être un peu plus difficile avec les 2499 autres bonhommes qui voudront aller à la même bouée que moi. Enfin, on verra bien !

La journée se passe lentement, entre les allers-retours à l’hôtel, les gorgées de boissons, les restos de pâtes. Il est maintenant 21h15, il va falloir aller se coucher. Le lever est prévu dans 6h45.


Dimanche 22 Juin – 4h00 : Le réveil.

Le réveil n’est pas difficile. Il faut dire que cela fait un petit moment que je regarde la montre toutes les 10 minutes. Petit déjeuner dans la salle de bain (pour ne pas réveiller Karine, qui ne dort plus, d’ailleurs). Gatosport, banane et eau feront l’affaire. Avec les pattes ingurgitées depuis quelques jours et les gels embarqués, cela devrait aller.


Dimanche 22 Juin – 5h00 : Départ vers la plage.

La combinaison et les ravitaillements vélo sous le bras, c’est le départ. A cette heure, avec la fête de la musique qui se termine, les gens errent dans les rues ou font la queue devant les Khebab. J’imagine qu’ils doivent nous prendre pour des fous d’aller nager à l’heure où ils vont aller se coucher. C’est comme cela ! Il y a des couche-tard et des lève-tôt.

Gonflage des pneus, mise en place des bidons, c’est déjà presque l’heure. L’heure d’enfiler la combinaison et d’aller sur la plage. Entre-temps, Karine est arrivée. La journée va être longue… pour tous les deux.

Tout le long du chemin qui nous mène à la plage, les enceintes crachent de la musique à ne plus s’entendre. C’est vraiment un monde à part.

Après quelques échauffements sur la plage, direction l’eau pour faire quelques mouvements puis retour sur le sable…non les galets, il n’y a que ça.

Le speaker met l’ambiance, met la musique à fond et cela va partir…


Dimanche 22 Juin – T0 6h30 : Le départ.

Coup de pistolet, toutes ces têtes avancent vers l’eau, sans trop se bousculer. Alors que nous sommes encore sur la plage, on commence à voir les premiers qui s’éloignent. Cela frétille de partout. Impressionnant. Ca y est, c’est à mon tour d’y aller. Je marche aussi longtemps que possible et c’est parti. C’est l’horreur ! Cela bouscule de partout. C’est certainement comme cela au début, mais combien de temps cela va-t-il durer ? Petit à petit, le troupeau avance. Chacun suit le mouton qui est devant lui. Impossible de voir la bouée. Tu fais confiance et tu avances. Par moment, il y a un peu plus d’espace devant moi, alors je profite de ce temps d’accalmie pour essayer de nager « proprement ». Puis c’est à nouveau le regroupement. Quelques personnes font quelques mouvements de brasse. Je sens un pied qui me passe au ras du visage. C’est pas passé loin. Je m’éloigne de cet énergumène. Enfin la 1ère bouée, on n’est donc pas perdu. On a certainement du faire des zigzags, mais au moins on a déjà fait 1km. Le virage se passe bien, mieux que sur des triathlons de plus courte distance. Puis la 2ème, 3ème, 4ème bouée et il faut sortir de l’eau pour une sortie à l’australienne. Je regarde mon chrono, 40mn50, je m’étais donné 41mn au bout de la 1ère boucle de 2.4km. C’est bon. A peine le temps de regarder autour de moi, que je replonge dans l’eau pour une boucle d’1.4km. Même rythme que précédemment, on ne va pas trop forcer, y’a encore quelques km à faire après. Je perds mon bonnet, je le mets dans ma combinaison. Enfin la dernière bouée, il ne reste plus que 625m et cela en sera terminé pour la 1ère étape. A ma sortie, j’entends le speaker qui « gueule » car il aperçoit Laurent Jalabert qui sort de l’eau. Je me retourne, il est juste derrière moi. Au moins j’aurai été devant en natation. Cela ne sera certainement pas le cas pour le reste. Je regarde mon chrono à la sortie de l’eau : 1h06mn pour un objectif fixé à 1h05. C’est bien et je me sens en forme. Pendant la remontée vers l’aire de changement, j’aperçois Karine. Cela me fait chaud au cœur. Je continue tout en courant vers les sacs de transition vélo qui nous attendent.


Dimanche 22 Juin – T0 + 1h06 : Le vélo

Après une transition qui se passe bien, je rejoins mon vélo. Il est encore là, personne n’a crevé mes roues, alors c’est parti. Un gel, une gorgée et je suis lancé. Tout le long de la promenade des Anglais, cela roule fort. Je me limite en pensant que cela ne sert à rien d’allumer maintenant. 38km/h, cela devrait suffire sur cette portion bien plane. Certains me doublent, mais laissons les passer. Puis c’est au tour de Laurent Jalabert. Il passe sans me regarder ! Etonnant. Il est accompagné d’une moto avec caméraman. Je l’encourage, mais il est déjà parti… loin, très loin. Je pense maintenant à ma course.

20ème km, c’est la 1ère difficulté du parcours : une côte de 500m à 12%. Je mets le 39x25. J’avais lu qu’il ne fallait pas essayer de se la jouer. J’applique la consigne. Montée tranquille.

La prochaine difficulté arrive au km 50 avec 21 km de montée entre 4% et 7%. Entre-temps, la température est bien montée, le soleil assez haut. Je m’hydrate régulièrement comme j’avais prévu. Enfin, cette montée vers le col de l’Ecre. Comme pour la précédente, ne pas se griller, la montée se fait au train. Je suis surpris de rattraper pas mal de bipèdes à vélo. Toujours sans l’impression de forcer. Je bois, je prends des gels. Cela se passe bien. Arrivé en haut un concurrent me préviens que mon maillot et mon cuissard sont tout blanc (ils sont rouges et noir normalement). Il a raison, le bougre. Il me conseille de prendre une pastille de sel. Je veux bien, mais je n’en ai pas. Dans ma tête, je sais ce que cela signifie, perte de sel = crampes. La chaleur, le fait que je me sois pas aspergé d’eau, le maillot fermé jusqu’en haut y sont certainement pour quelque chose. Je continue le vélo sans encombre jusqu’au km 130 où après une descente, je ressens des crampes à la relance. Aie, si cela arrive dès maintenant, que va-t-il se passer par la suite ? A chaque ravitaillement, je prends maintenant de l’eau (à la place de boissons isotoniques) pour m’asperger la tête. C’est vrai que cela fait du bien. Malgré ces débuts de sensations de crampes, je finis les 180km de vélo en 5h35 (32.2km/h de moyenne avec 1800m de dénivelé +, je suis satisfait). Je m’étais donné entre 5h30 et 5h40. L’objectif est rempli pour cette 2ème étape. J’arrive donc à la transition avec dans la tête beaucoup de questions sur le devenir de mes crampes. J’espère au fond de moi que le changement de travail musculaire avec la course à pied va me faire oublier tout cela. Evidemment, il n’en sera rien.


Dimanche 22 Juin – T0 + 6h51mn32s : Le marathon

Arrivé dans l’aire de transition, je me brûle les pieds sur le tarmac surchauffé par le soleil. Un peu perdu, je fais 2 allers-retours pour retrouver mon sac de transition CAP. Sous la tente de transition, une personne vient vous aider. C’est plutôt sympa. Elle me demande si tout va bien. Je pars tout en prenant un verre de boisson isotonique à la sortie de la tente.. Ca y est, c’est parti pour 42.2km sous le soleil de Nice. 4 allers-retours à effectuer le long de la baie des Anges. Pas d’ombre. Pas de vent. Une sensation de chaleur. Etouffant ! Les crampes sont à fleurs de peau, mais je trouve un rythme qui me permet de, pour l’instant, éviter le pire. 1er ravitaillement pris à la volée. Ce sera le seul ! 5eme km. Ca a été long. Déjà je sens les crampes pointer au niveau des cuisses et des mollets. Virage à 180° et c’est reparti pour 5km le long de plage. 1ère crampe. Je m’arrête, j’étire quelques secondes et je repars. C’est dur. Au ravitaillement, j’en profite pour m’arroser. On me tend des gels énergétiques et barres de céréales. Du sucré, je n’en peu plus. Un verre de coca, de l’eau et 2 éponges pour m’asperger le visage. Cela fait du bien de marcher un peu. Encore 30s à marcher et je repartirai en courant. Cela sera comme cela jusqu’au 15e km : alternance marche / course. Les périodes de marche s’allongent de plus en plus au détriment de la course. Les crampes m’y obligent. A partir du 15e km, la course n’est plus possible. 27km de marche. A quelle heure vais-je arriver ? Je marche aussi vite que possible à la limite des crampes. De temps en temps, je suis obligé de m’arrêter pour en faire passer une. Puis cela repart. J’entends les encouragements…dans toutes les langues, mais ce n’est plus possible de courir. Alors je leur fais un petit signe de remerciement et je passe. Je les reverrai au prochain tour …toujours en marchant. Encore un dernier tour, Karine m’encourage. Cela me fait du bien. Dans 1h20, je devrais revenir et cette fois-ci, ce sera terminé. Encore 5km, 2km et puis les derniers mètres…ces fameux derniers mètres. Je voudrais les faire en courant surtout avec cette ambiance. Tribunes, Speaker hurlant dans son micro, caméra, photographe, musique à fond…tout y est. J’essaie de courir. 1ere foulée, 2eme foulée, 3eme foulée…c’est la crampe. La jambe gauche est tendue. Ca fait mal. Je regarde devant, il ne reste que 40m et je suis là planté appuyé à la barrière. J’entends les encouragements. Et puis, je ne sais toujours pas comment, Karine arrive dans l’allée qui mène à l’arrivée. Nous ferons ces fameux derniers mètres ensemble. Elle aura été là pendant tous ces mois d’entraînement, certainement parfois un peu énervé de me voir partir 5h faire du vélo le dimanche matin. Et elle est également là également pour ces 40 derniers mètres. Dans ma tête, le passage sous le porche « IronMan » avec elle est symbolique. Je suis heureux qu’on les fasse ensemble. En fait ce n’est pas mon IronMan, c’est le notre. 12h10mn05sec. Mission accomplie. Dans la souffrance certes, mais accomplie.

Dans les minutes qui suivront, j’aurai besoin de m’asseoir puis de m’allonger. Les 30km à la limite des crampes en marchant auront quand même bien fatigué l’organisme. Il faudra quand même une perfusion pour que la tête ne tourne plus quand je m’assois.

Pour cette 1ère expérience, j’aurai appris beaucoup de chose. Il ne suffit pas de bien s’entraîner, de faire de bons résultats sur des longues distances, l’IronMan, c’est autre chose. On y pense pendant 6 mois, 1an, et tout peut s’écrouler parce que vous n’avez pas pris le temps de penser à un élément majeur : la diététique. Des pastilles de sel (à 1€80, la boite!) auraient sans doute permis d’éviter les crampes… et je suis parti sans le savoir.

L’IronMan, c’est aussi une fête magnifique. L’ambiance y est particulière. Jamais vu ailleurs. Tout le monde est là…non pour en découdre avec le gars d’à côté, mais avec soi-même.

 

A Karine, Thomas et Maxime qui m’auront soutenu tout au long de ces mois d’entraînement. Je leur dis merci.

 

David

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Publié dans Récits

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Y
Salut David,<br /> félicitations pour cette performance, il est dit qu'un ironman se fait à: 50% les jambes et 50% la tête, mais pour toi, il semble que ton mental était à 90%.<br /> Bravo encore Monsieur l'homme de métal...<br /> @+, Yann
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